La randonnée gourmande m'a prise dès le parking de la route des Espécières, avec l'odeur de bois humide et le souffle froid sur les joues. Depuis près de Grenoble, je suis partie 4 jours en Hautes-Pyrénées pour marcher jusqu'au cirque de Gavarnie, puis m'asseoir à Hôtel du Cirque. On vit à deux, mon compagnon et moi, et ce départ faisait déjà partie de nos petites échappées à deux, sans enfants.
Le départ gris depuis près de Grenoble
Ce matin-là, j'ai chargé le sac pendant que le café finissait de couler. En tant que Rédactrice spécialisée en gastronomie et terroirs français pour média indépendant, j'ai gardé mon carnet, mon appareil photo et une veste trop légère pour le vent. J'ai été convaincue de partir quand la météo annonçait une trouée vers midi, et je suis partie avec cette impatience un peu nerveuse qui me prend avant une vallée que je ne connais pas encore.
La route m'a demandé plus de patience que prévu. J'ai roulé 2h15 entre les virages serrés, puis j'ai marqué un arrêt à Argelès-Gazost pour un morceau de pain et un fromage acheté 47 euros avec un petit panier du marché. En tant que Rédactrice spécialisée en gastronomie et terroirs français pour média indépendant, j'ai tout de suite regardé la simplicité des produits avant le reste, parce que c'est là que je trouve le ton d'un lieu.
Ma Licence en Lettres Modernes (Université Grenoble Alpes, 2008) m'a appris à lire un détail avant de juger un ensemble. Là, j'ai tout de suite noté le bruit des semelles sur le gravier mouillé et la buée qui revenait sur les lunettes à chaque arrêt. Je me suis retrouvée plus attentive au froid qu'au paysage, et ça m'a fait sourire, parce que je croyais arriver légère.
La montée où j'ai commencé à compter mes pas
Le sentier a commencé tranquille, puis la pente s'est dressée sans prévenir. Après 18 minutes, mes mollets ont commencé à chauffer, et j'ai dû resserrer une fois la sangle du sac parce qu'il tapait dans le bas du dos. J'ai hésité devant un passage plus raide, là où l'eau coulait en filet sur les pierres, et j'ai posé la main sur une roche froide pour reprendre mon souffle.
Le vent venait par rafales, avec une odeur de terre mouillée et de laine froide. Mes lacets se sont défaits près d'un replat, juste après un virage où la cascade apparaissait par à-coups entre deux plaques de brume. Ce détail m'a retenue plus que la vue elle-même, et je me suis sentie minuscule devant le cirque, presque silencieuse.
Au bout de 3 kilomètres, j'ai fini par lever le pied. Mon compagnon marchait devant moi, et on vit à deux, mon compagnon et moi, sans autres bouches à nourrir, ce qui nous laisse la liberté de nous arrêter pour écouter un ruisseau. J'ai eu un vrai moment de doute quand j'ai vu le dernier raidillon, parce que mes chaussures glissaient sur les cailloux plats.
J'ai pourtant repris le rythme en comptant les appuis. Ce geste simple m'a évité de me crisper, et j'ai compris, un peu tard je l'avoue, que je partais trop vite d'habitude. Depuis 14 ans que je travaille sur les terroirs français, je remarque que je me fatigue moins quand je laisse le lieu imposer son tempo.
À table, le bouillon a tout changé
À l'auberge, la porte a claqué derrière moi avec un bruit sec, puis la chaleur m'a enveloppée d'un coup. J'ai choisi une garbure servie dans une assiette creuse, avec un pain un peu dense et une odeur de chou qui montait dès la première cuillerée. Le bouillon avait ce gras discret qui accroche la langue sans l'alourdir, et j'ai été convaincue au deuxième coup de fourchette.
Je me suis sentie beaucoup plus réceptive au repas qu'en arrivant. Les pommes de terre étaient fondantes, mais pas écrasées, et les morceaux de confit gardaient une tenue nette sous la cuillère. Les repères du Comité National des Terroirs m'ont aidée à garder l'œil sur les produits du coin, sans me perdre dans la carte ni dans les discours trop lisses.
Je notais tout en mangeant, presque machinalement. Le poivre arrivait en fin de bouche, puis une pointe d'ail remontait quand je reposais la cuillère sur le bord de l'assiette. Là, mon travail de Rédactrice spécialisée en gastronomie et terroirs français pour média indépendant m'a rappelé qu'une table de montagne se juge aussi à la température du plat et au calme de la salle.
La salle n'était pas grande, et les chaises raclaient le sol à chaque mouvement. Une table de quatre parlait bas près de la fenêtre, pendant que je cassais le pain dans le jus, en prenant mon temps pour la première fois de la journée. J'ai mangé sans regarder l'heure, ce qui m'arrive rarement, et j'ai laissé mon carnet fermé pendant tout le plat.
Le petit flottement devant le fromage
Le plateau de fromages m'a arrêtée un instant. J'ai hésité devant un bleu d'estive plus fort que je ne l'attendais, puis j'ai choisi une tomme plus douce, parce que le bouillon était déjà bien présent. Pour l'affinage précis, je laisse parler un affineur, pas moi, et je préfère raconter ce que j'ai goûté plutôt que jouer à l'experte.
Sur la langue, la tomme avait une pâte serrée et un parfum de foin sec. J'ai pris deux bouchées plus petites, puis une dernière, parce que le sel venait plus tard que le lait. Ce détail m'a plu, car il donnait une fin nette au repas sans l'écraser.
Le retour vers Grenoble, le sac plus lourd qu'à l'aller
Je suis rentrée avec l'odeur de soupe dans la veste et les jambes plus dures qu'au départ. Le chemin du retour m'a semblé plus court, même si j'avais encore le genou un peu raide après 8 kilomètres de marche et d'arrêts. Dans la voiture, je me suis retrouvée silencieuse, pas fatiguée au point de dormir, juste pleine d'une faim tranquille.
Avec mon compagnon, sans enfants, on a parlé du repas pendant la moitié de la route, puis plus du tout. Cette parenthèse à deux a pris une place étrange dans ma mémoire, parce qu'elle mélangeait le vent, le pain, la garbure et cette lumière basse sur le cirque de Gavarnie. J'ai aussi aimé le fait de ne rien avoir à prouver, ni sur la marche, ni sur la table.
Au fond, ce séjour m'a laissée avec une impression simple. Pour quelqu'un qui accepte de marcher avant de dîner et de laisser une vallée dicter le rythme, Gavarnie m'a paru juste, sans effet de manche. Je suis rentrée à près de Grenoble avec le sentiment d'avoir trouvé un équilibre rare, entre le pas, la chaleur du bouillon et le silence de Hôtel du Cirque.


